Ils étaient les vedettes du 21 avril 2002 en Médoc. Cinq ans plus tard, ils ressortent sonnés des urnes. En tête au premier tour en 2002, Jean-Marie Le Pen subit quasiment le même revers que sur le plan national. Certes, en valeur absolue, il ne perd qu'un peu moins de 500 voix. Le problème, c'est qu'en cinq ans, le Médoc a gagné 9.000 électeurs. Et compte tenu de la participation exceptionnelle, ce sont 20.000 électeurs de plus qui se sont exprimés cette année. Le Pen ne récolte donc que 11,55 % des suffrages. C'est tout de même un point de plus que son score national. Et le canton de Pauillac, avec 17,33 %, peut toujours être considéré comme un bastion du Front National. Il arrive en tête du vote Le Pen en Gironde.
> Manifestement, les raisons de cette chute sont les mêmes que partout ailleurs. La peur d'un « 21 avril bis » a déclenché le réflexe d'un vote utile dans une majorité de l'électorat, à droite comme à gauche. Et la campagne de Nicolas Sarkozy semble avoir bien mordu sur les habitués du vote lepéniste, le président de l'U.M.P. apparaissant, à travers son discours souvent musclé, comme le plus apte à reprendre à son compte certains positionnements du leader du F.N. « Cette année, l'insécurité n'était pas au centre de la campagne, commente le député U.M.P. Jean-François Régère. On a davantage ressenti d'inquiétudes sur l'emploi et surtout le pouvoir d'achat des travailleurs pauvres, sur les personnes à bas salaires, qui doivent se débrouiller comme elles peuvent, alors que les aides sociales incitent ceux qui ne font rien à en faire encore moins… Nicolas Sarkozy a bien ressenti ce malaise. Il l'a bien intégré au coeur de sa campagne, quand il dit vouloir se tourner vers ceux qui souffrent, et il a été compris. »
L'effondrement est encore plus spectaculaire pour C.P.N.T. En 2002, le candidat des chasseurs, Jean Saint-Josse, arrivait quatrième au premier tour, talonnant les trois poids lourds (Le Pen, Chirac, Jospin), dominant largement François Bayrou. Il était même en tête dans trente communes rurales de l'estuaire ou de la forêt, dépassant les 30 % des suffrages à Saumos, Valeyrac ou encore Talais. Cette année, Frédéric Nihous et ses amis ne peuvent que constater les dégâts. Nombre de voix divisé par trois, score final à 3,82 % - contre 14,74 % en 2002. Il faut vraiment être un contorsionniste de la dialectique pour expliquer que Nihous a fait un bon score en Médoc. Eddie Puyjalon, délégué départemental C.P.N.T. n'est pas mauvais dans le genre, expliquant que le score de Frédéric Nihous « est porteur d'avenir, à l'image du candidat lui-même, jeune, qui colle à la réalité. Ce qu'il a fait est très bien. Mais on est un parti en reconstruction et il est vrai que les thèmes de la ruralité n'ont pas vraiment été au centre de la campagne. » A cela s'ajoute, en Médoc, la « désertion » d'Henri Sabarot, traditionnel porte-parole de C.P.N.T. dans la presqu'île, qui a failli porter les couleurs de l'U.D.F. aux législatives, dont Eddie Puyjalon admet qu'elle n'a pas « rendu les choses limpides pour notre électorat traditionnel. »
> Ces deux faits marquants ne signifient pas pour autant que le Médoc rentre dans le rang sur le plan électoral. La photographie du vote de la presqu'île n'est pas tout à fait conforme à celle du pays. Car en Médoc, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal sont réellement au coude à coude. Le candidat UM.P. l'emporte de 221 voix sur sa concurrente socialiste. Autrement dit, rien du tout. Mais ce rien du tout a quand même une signification, favorable à Sarkozy, puisque dans le département de la Gironde, fief socialiste de longue date, c'est Ségolène Royal qui arrive en tête, avec plus d'un point d'avance. Le Médoc serait donc plus « sarkoziste » que le reste du département. Ce que Pascale Got, candidate P.S. dans la 5ème circonscription, analyse au contraire en sa faveur. « Moins de 30 % d'électeurs qui votent pour Sarkozy en Médoc, dit-elle, ça veut dire que plus 70% n'en veulent pas. C'est bien qu'il existe un désaveu de la politique gouvernementale, que représente le député au niveau local. »
Le Médoc serait, en revanche, un peu moins « bayrouiste ». Le candidat U.D.F., avec 18,75 % des suffrages exprimés, fait un point de moins qu'en Gironde. « C'est le Médoc rural qui infléchit la tendance, commente Joan Taris, candidat U.D.F. sur la 5ème circonscription. Car sur le canton de Blanquefort, Bayrou est à plus de 21 %. C'est très significatif de ce nouvel électorat de classes moyennes, de fonctionnaires, moins bourgeois qu'auparavant. » Un canton de Blanquefort où, en toute logique – on est à gauche et en milieu urbain ou périurbain –, Ségolène Royal obtient son meilleur score, ce qui lui permet de rester dans la roue de Sarkozy. A ce titre, la géographie électorale de la circonscription est frappante : plus on monte vers le nord, plus l'électorat se droitise.
La gauche anti-libérale, Verts compris, dépasse tout juste les 10 % (10,16 %). En Médoc, on préfère d'autres manières de dire non au système.
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